10 de diciembre de 2016

Comunicado del Bureau de la AMP. La cause de l’autisme Le jour d’après - La causa Autismo. El día después

Comunicado del Bureau de la AMP

Una excelente noticia: la Asamblea Nacional francesa ha votado hoy en contra de aprobar la resolución que pretendía, absurda y burdamente, la prohibición del psicoanálisis en el tratamiento del autismo.
La Asociación Mundial de Psicoanálisis felicita a nuestros colegas de la École de la Cause freudienne y de l’Institut psychanalytique de l’enfant que han dedicado todo su esfuerzo y movilización a abrir los ojos de los diputados y de la opinión pública francesa ante tamaña barbaridad. La batalla sigue.
Dada la importancia de esta noticia, remitimos por este medio el mensaje de la lista ECF-Messager.

Bureau de la AMP
Miquel Bassols, Guy Briole, Anne Ganivet-Poumellec
8 de Diciembre de 2016
 

« Pas adopté. » C’est avec ces mots prononcés par M. François De Rugy, qui présidait la séance de l’Assemblée nationale de ce matin, que se clôt l’épisode Fasquelle.

La résolution N°4134 « invitant le gouvernement à promouvoir une prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la haute Autorité de Santé » a été rejetée par le vote de la majorité des députés qui ont participé au vote.

A l’heure où nous écrivons ces lignes le procès-verbal de la séance n’est pas arrêté, on peut toutefois le consulter ici : http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2016-2017/20170075.asp#P932104

De même le scrutin n’est pas encore rendu public, il devrait l’être ici : http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/liste/%28legislature%29/14 . Nous y reviendrons.

La balance a penché en faveur du libre choix de la méthode de soin et contre l’interdiction de la psychanalyse. Les plus de 18.000 signataires de la pétition ont pesé lourdement dans la balance. On peut affirmer que cette mobilisation populaire a été décisive.

L’épisode Fasquelle est clôt, mais d’autres combats s’annoncent, pour la cause de l’autisme et pour la psychanalyse. Le Blog La cause de l’autisme www.cause-autisme.fr y contribuera en servant de base de déploiement d’offensives et de contre-offensives, le réseau de correspondants est en place. En vous y abonnant vous serez informé-e de ces initiatives. Stay tuned !


La cause de l’autisme
Le jour d’après
www.cause-autisme.fr

Et maintenant ? Maintenant que M. Fasquelle est défait, maintenant que l’Assemblée nationale a confirmé en matière d’autisme le libre choix de la méthode de soin, qu’elle a refusé d’interdire la psychanalyse, qu’elle a refusé d’imposer les TCC, Quid faciamus ?

Revenons d’abord un instant au débat et au vote d’hier. La proposition du député Fasquelle était manifestement outrancière. Cela a été rappelé dans le débat. Certains qui ont voté contre ont regretté qu’elle n’ait pas été amendable, modifiable, que l’on n’ait pas pu l’adoucir, enlever les parties juridiquement contestables. Auquel cas, qu’auraient-ils fait ? Que se serait-il passé ?

La bataille a été gagnée mais la question reste entière. On prête à la psychanalyse – et on le fait de bonne ou de mauvaise foi – et aux psychanalystes, des points de vue, des pratiques, des positions dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas. 

Nous ne nous reconnaissons pas dans ceux qui « culpabilisent les mères », dans ceux qui appliquent des « traitements maltraitants », dans ceux qui reproduisent sans y déroger des standards éculés dans leur pratique avec les sujets autistes et leur entourage. 

Les Journées de l’ECF depuis plusieurs années, celles de l’Institut de l’Enfant, témoignent très exactement du contraire : des pratiques aux antipodes de ces accusations : inventivité, création, accueil de la singularité radicale – celle que chacun à chance de pouvoir extraire de sa propre analyse. Et ce foyer irradie, il informe, inspire, soutient de nombreux praticiens.

Pourquoi ne parvenons-nous pas à le faire-savoir ? Mais cette question est-elle la bonne ? Disons-le autrement : comment parvenir à en témoigner, à en rendre compte, à rendre visible ce qui est notre quotidien ? On ne peut croire que ce ne soit pas possible. 

Il nous revient, et à personne d’autre, de nous faire responsables du malentendu. 

Nous le devons aux 19000 signataires de la pétition qui ne veulent pas de l’interdiction de la psychanalyse, et qui aussi ne veulent pas d’un statu quo dans la prise en charge de l’autisme. Ils attendent – mieux, ils participent – à produire du nouveau. 

Car la cause de l’autisme reste. D’abord, le sort réservé à ces sujets est aujourd’hui marqué de graves carences dans les prises en charges et accompagnements. Ensuite, ces carences génèrent pour eux et pour leur entourage une souffrance qui ne trouve pas toujours à s’adresser. Mais aussi parce que la rencontre avec le sujet autiste est un enseignement unique sur l’être parlant.

La cause de l’autisme reste, nous en avons la charge. Comment y répondrons-nous ?  


La causa Autismo
Día J
Edición Especial 

“No adoptada”, con estas palabras pronunciadas por M François De Rugy, quien presidía la sesión de la Asamblea Nacional de esta mañana, se cerró el episodio Fresquelle. La resolución Nº 4134 invitando al gobierno a promover la asistencia del autismo basada en las recomendaciones de la Alta Autoridad de Salud ha sido rechazada por el voto mayoritario de los diputados que participaron.

A la hora en que escribimos estas líneas el proceso verbal de la sesión no ha terminado, se lo puede consultar en  http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2016-2017/20170075.asp#P932104
 
Asimismo el escrutinio no se ha hecho público aún. Podréis encontrarlo en: http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/liste/%28legislature%29/14.Volveremos

La balanza se ha inclinado a favor de la libre elección del método de cuidados y contra la prohibición del psicoanálisis. 

Los más de 18.000 que han firmado la resolución han pesado en la balanza. Podemos afirmar que esta movilización popular ha sido decisiva.

El episodio Fresquelle se cerró, pero otros combates se anuncian por la causa del autismo y por el psicoanálisis. 

El Blog La causa del autismo (ww.cause-autisme.fr) servirá de base de desarrollo de ofensivas y contraofensivas, la red de corresponsales se ha establecido. Si usted se suscribe, será infromado de las iniciativas. ¡Manténgase conectado! 


El día después

¿Y ahora? Ahora que M. Fresquelle está vencido, ahora que la Asamblea Nacional a confirmado en materia de autismo la libre elección de método de cuidados, que ha rehusado prohibir el psicoanálisis, que ha rehusado imponer las TCC, Quid faciamus? 

Volvamos en principio un momento al debate y a la votación de ayer. La proposición del diputado Fresquelle era manifiestamente excesiva. Esto fue recordado en el debate. Algunos que han votado en contra lamentaron que no haya sido enmendada, modificada, que no pudieran, para endulzarla, quitar las partes jurídicamente discutibles. En ese caso, ¿qué hubieran hecho? ¿Qué hubiera pasado?

La batalla se ha ganado, pero la cuestión se mantiene.

Se atribuye al psicoanálisis -de buena o mala fe- y a los psicoanalistas puntos de vista,  prácticas, posiciones en las que no nos reconocemos. No nos reconocemos entre aquellos que “culpabilizan a las madres”, entre aquellos que aplican tratamientos “que maltratan”, aquellos que reproducen sin contravenir standards gastados en su práctica con los sujetos autistas y su entorno.

Las Jornadas de la ECF desde hace muchos años, así como las del Instituto del Niño testimonian muy precisamente lo contrario: prácticas en las antípodas de estas acusaciones: inventiva, creación, acogimiento de la singularidad radical; aquella que cada uno tiene la chance de poder extraer de su propio análisis. Y este foco irradia, informa, inspira, sostiene a numerosos practicantes.

¿Por qué no conseguimos hacerlo saber? ¿Es esta la buena pregunta? Digámoslo de otro modo: cómo hacemos para testimoniar, para rendir cuenta, para hacer visible eso que es nuestro día a día. Podemos creer que no es posible.

Nos corresponde hacernos responsables del malentendido. Nosotros se lo debemos a los 19.000 que firmaron la petición, que no quieren que se prohíba el psicoanálisis, y que no quieren tampoco un statu quo en la asistencia al autismo. Ellos esperan, mejor, participan en la producción de lo nuevo.

Entonces, la causa del autismo se mantiene. En principio porque el destino reservado a estos sujetos está hoy marcado por graves carencias en la asistencia y pesadas cargas en el acompañamiento. Y además, esas carencias generan para ellos y su entorno un sufrimiento que no siempre encuentra alivio. Pero también porque el encuentro con el sujeto autista es una enseñanza única sobre el ser hablante.

La causa del autismo se mantiene, corre a nuestro cargo. ¿Cómo vamos a responder? 


9 de diciembre de 2016

LACAN QUOTIDIEN, par Éric Laurent, Laura Sokolowsky.



- L’AMÉRIQUE RÉELLE - L’atout et le Un
par Éric Laurent

 
L’atout Trump affole décidément les compteurs des évaluateurs. Il a d’abord affolé les sondages. Même le prodige des statistiques politiques, Nate Silver, le 8 novembre sur son site FiveThirtyEight, donnait Hillary Clinton gagnante à 71,4 %. Au cours de la nuit, et à mesure que les résultats arrivaient, ce sera cependant lui qui prédira le premier la victoire de Trump. Celui-ci a aussi affolé les fact-checkers, vigiles de l’exactitude, en proférant, tout au long de la campagne et après, les déclarations les plus saugrenues. Leur répétition et la constatation qu’il était vain de rappeler les faits ont conduit les médias à parler de notre entrée dans une époque de « post-vérité »... Télécharger le numéro complet ici-->http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2016/12/LQ-615.pdf


Totalitarisme et psychanalyse : Petit voyage au pays de l’Allemagne nazie
par Laura Sokolowsky
 
En juin 1933, Freud écrivait : « Le monde se transforme en une énorme prison. L’Allemagne est la pire de ses cellules. Ce qui se passera ici dans la cellule autrichienne est tout à fait  incertain. Je prédis une surprise paradoxale en Allemagne. Ils ont commencé avec le  bolchevisme comme leur ennemi mortel,  et ils termineront par quelque chose qui ne s’en distinguera pas – sauf que le bolchevisme a, après tout, adopté des idéaux révolutionnaires alors que ceux de l’hitlérisme sont purement médiévaux et réactionnaires. Ce monde me semble avoir perdu sa vitalité et être condamné à sa perdition  »(1). Âgé de soixante-dix-sept ans, Freud avait enduré cinq interventions chirurgicales l’année précédente et ne craignait plus  grand-chose pour sa vie. Ce qui le préoccupait était l’avenir de la psychanalyse dans la civilisation. Télécharger le numéro complet ici-->http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2016/12/LQ-615.pdf

8 de diciembre de 2016

IPLA: O Mundo - Visto pela Psicanálise. Nº 166




Incidências do real
"A morte é o que excede as dimensões da vida. A morte é um excesso. A morte não está no além, está no mais além das dimensões da vida. A neurose, em seu reiterado recurso à dúvida faz compromissos de postergação. O poeta, pelo contrário, em contrassenso diz: não temos tempo de temer a morte." (Jorge Forbes: Há Via)
Nesta edição:
. A sedução da completude
. Tempo de paralimpíadas
. Mudanças organizacionais
. Mérito e democracia
O que volta ao mesmo lugar
A sedução da deficiência
O discurso psicanalítico inclui a falta, enquanto alguns filósofos não conseguem gerar um pensamento que inclua o real. Como fazemos para competir com a sedução da completude? Por Gisele Vitória. LEIA MAIS
As paralimpíadas não apelam ao politicamente correto, nem à compaixão. Por que nos tocam? Liége Lise comenta em quatro notas a abertura das paralimpíadas no Brasil. LEIA MAIS
Mudança organizacional em tempos mutantes?
Premio al mérito
As soluções já testadas pelas bússolas dos séculos anteriores não funcionam mais. Como lidar com as mudanças organizacionais na pós-modernidade? Por Dagmar P. de Castro. LEIA MAIS
A aparência democrática da medida do mérito individual esconde a homogeneização, a exclusão do fracasso. A angústia sempre trará seu testemunho no corpo. Por Patrica Gorocito. LEIA MAIS
Alô Psicanálise

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6 de diciembre de 2016

LACAN QUOTIDIEN, par Pierre-Gilles Guéguen, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Ruzanna Hakobyan, Gérard Wajcman.




L’AMÉRIQUE RÉELLE
Éditorial, par Pierre-Gilles Guéguen

Instant de voir

Ce matin du 9 novembre, on apprenait en France la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton et son élection à la présidence des États-Unis. Surprise planétaire. Une surprise prenait la place d’un suspense dont on pouvait encore jouir la veille au soir tard, en fermant les yeux. L’effet de choc venait du fait que ni les experts, pundits politologues et autres « spécialistes » du commentaire, ni les algorithmes sophistiqués des marchands de sondages n’avaient pu prévoir l’événement. Au réveil, une touche de réel nous faisait signe, le plus souvent sous la forme d’une incrédulité ou d’une déception, affects tout aussi réels que la mauvaise humeur dont Lacan faisait état dans « Télévision »...  





Sophie Calle, l’intensité
par Anaëlle Lebovits-Quenehen

Les 46es journées de l’ECF ont eu lieu. Christiane Alberti l’a dit pour finir, juste avant le moment de conclure, en musique, ce temps fort de notre institution, sur un air de David Bowie. Non seulement elles eurent lieu, mais elles furent encore marquées par l’intensité. Le discours analytique s’y démontra, en acte, sous les projecteurs de l’objet regard.  Et lux fit!

L’éclairage que Sophie Calle nous y a donné sur son travail a concouru à la joyeuse Stimmung de ces Journées. Son art de bien dire l’invention nous entraîna sur ses pas, en filature, oserais-je dire. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur son travail fait de moments créatifs qui répondent aux ruptures marquant sa vie. Ces ruptures furent traumatiques dans la mesure où elles marquèrent – on le suppose en tout cas – la fin du regard qu’un être aimé posait sur elle. Pour chacun (et qui plus est, pour chacune), dans ces circonstances, la rupture ouvre alors un trou dans les semblants, ce troufût-il plus ou moins patent et plus ou moins bordé...


 


Pour la dernière et pour la première fois
par Ruzanna Hakobyan

Sophie Calle (1) expose pour la première fois à Montréal en 2015 sous le titre : « La dernière
image ». Il s’agit d’une série de témoignages d’aveugles qui, pour la plupart, ont perdu la vue  subitement. L’artiste leur a demandé de décrire leur dernière image. Les textes sont  accompagnés de photos de chacune des personnes aveugles, comme une recréation  photographique, un regard de l’artiste sur ces souvenirs.

Dans l’un des témoignages, Aveugle au revolver, le jeune homme a perdu la vue à la suite  d’un acte de violence. La dernière image est la scène de la violence même, le traumatisme, une  mauvaise rencontre avec le réel où chaque détail est retenu...


 

L’Interdit de et par 

Gérard Wajcman

L’Interdit de Gérard Wajcman est réédité. Dans une courte présentation aux lecteurs de Lacan Quotidien, l’auteur en situe l’actualité. Ceci est un roman. Il est composé entièrement, ou presque, de notes de bas de page. Il raconte l’histoire d’un type en voyage qui s’arrête de parler. Enfin, c’est ce qui semble. Chacun peut se raconter l’histoire un peu à sa façon. Le silence et l’absence sont le sujet de ce livre. L’idée était de faire que le sujet de ce livre et l’objet de ce livre se recouvrent. Faire d’un manque un objet, positif, matériel, visible. Construire un livre autour d’une absence incarnée. Rendre ainsi l’absence palpable, donner à lire, à entendre ou à voir la présence d’une absence. Vu sous cet angle, L’interdit n’est pas exactement un livre composé de notes, comme il y a, par exemple, des romans par lettres, c’est un roman formé par, pour et autour d’une absence, d’un manque à dire, à écrire et à voir. D’un impossible à dire, à écrire et à voir...


5 de diciembre de 2016

Congrès de la NLS / NLS Congress 2017: Argument


Congrès de la NLS
29 et 30 avril 2017 à Paris
Autour de l’inconscient
Place et interprétation des formations de l’inconscient
dans les cures psychanalytiques

Ce dont j’ai essayé de lui donner corps, avec la création du symbolique,
a très précisément ce destin que ça ne parvient pas à son destinataire.
Comment se fait-il pourtant que ça s’énonce ? Voilà
l’interrogation centrale de la psychanalyse. »
(Jacques Lacan, le 10 mai 1977)
  
 
« L’inconscient, on connaît ça depuis toujours[1] », énonçait Lacan. « Mais, ajoutait-il, dans la psychanalyse, l’inconscient, c'est un inconscient qui pense ferme[2] ». Et là, surprise ! il mentionne que si « c’est des pensées, ça ne peut pas être inconscient[3] ». C’est ce que Jacques-Alain Miller désigne comme relevant des « Paradoxes de Lacan[4] », et si Lacan le dit avec cette apparente simplicité, c’est aussi on ne peut plus sérieux de sa part. 

Lacan formula en effet être le seul à avoir donné son poids à ce vers quoi Freud était aspiré par cette notion d’inconscient. C’est ainsi qu’il ne cessera pas au cours de son enseignement d’interroger le statut de l’inconscient jusqu’à en faire un concept fondamental. Car, ce n’est point pour lui une affaire classée, même si à ce moment-là beaucoup le considèrent comme tel. 

Pour démontrer l’hypothèse de l’inconscient, il faut en passer par les mots, car « l’inconscient n’a de corps que de mots[5] ». Et  si c’est avec les mots que la psychanalyse opère, la pratique du psychanalyste consiste à savoir comment.

Tous les mots ? Certes non, puisqu’il s’agit de réduire ce qui se présente comme un flot continu de la parole, celle à laquelle le psychanalyste invite celui qu’il écoute. L’inconscient n’est pas cette masse de mots, de signifiants, même si au départ Lacan avance l’aphorisme qu’il est structuré comme un langage. 

Freud lui-même, s’il ne fait référence qu’aux jeux du signifiant pour approcher la question de l’inconscient, fait place à des formations électives de celui-ci, le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, l’oubli, voire le symptôme. Ce qui y est frappant, c’est qu’ils apparaissent sur le mode de l’achoppement, de la défaillance, de la rupture, de la faille, de la « trouvaille »[6], bref de la discontinuité. Et c’est là que Freud ira chercher l’inconscient.

Est-ce pour autant dire que cette discontinuité relative aux formations de l’inconscient se fait sur le fond d’une continuité ? Non, car Lacan pointe que ce serait poser une sorte de un antérieur à la discontinuité. En 1964, lorsqu’il questionne à nouveau ce concept de l’inconscient, il insiste que son enseignement est de mettre fin au « mirage auquel s’attache la référence au psychisme d’enveloppe, sorte de double de l’organisme où résiderait cette fausse unité[7] ». 

Or, ce mirage ne cesse de faire retour. Il n’y a qu’à tendre l’oreille à ce que le monde des médias fait résonner, pour constater que c’est ce qui gagne les esprits. L’on y entend ainsi s’exprimer ici et là des psychanalystes – ainsi désignés – qui conçoivent l’inconscient comme un espace fermé, voire un organe que l’on pénètrerait par la suggestion, en donnant du sens, ou encore, lorsqu’ils sont enclins à ce type de méthode, d’exploration par l’imagerie cérébrale. La préférence est ainsi donnée à la matière, à la consistance imaginaire, à ce qui se targue d’être scientifique, c’est-à-dire ce qui serait soi-disant prouvé. 

Nous sommes loin du un de la fente, du trait, de la rupture, soit de cet un qu’est le Un de l’Unbewusste[8], terme qui désigne l’inconscient freudien et que Lacan traduira par une-bévue[9], cette traduction faisant disparaître l’équivoque du terme inconscient avec l’inconscience.

Le rêve constitue ainsi une bévue, tout comme les autres formations de l’inconscient. Pourtant « Le rêve n’est pas “l’inconscient”[10] », écrivait Freud à propos du matériel des rêves que lui apportait la jeune homosexuelle pour le tromper et continuer à défier son père. C’est ce désir de tromperie qui s’y réalisait et non pas celui d’aimer les hommes.

Ainsi Lacan dit introduire avec l’une-bévue qui fait partie du titre de son séminaire en 1976-1977, « L’insu-que-sait de l’une-bévue », quelque chose qui va plus loin que l’inconscient. Déjà, l’année précédente, il avait distingué l’inconscient freudien de celui qu’il élaborait avec le sinthome, essayant « de situer ce qu’il a à faire avec le réel, le réel de l’inconscient, si tant est que l’inconscient soit réel[11] », et avait ajouté que l’inconscient participait d’une équivoque entre réel et imaginaire[12]. C’est dire que pour cerner ce qu’est l’inconscient, si nous en passons par le passage obligé du symbolique, nous ne pouvons cependant l’y réduire. Et Lacan souligne alors que « l’usage de la coupure par rapport au symbolique, risque  de provoquer, à la fin d’une psychanalyse, une préférence donnée en tout à l’inconscient[13] ». 

D’où la notion de trou, déjà présente dans la trou-vaille, qu’il forge avec son nœud borroméen, c’est-à-dire, en nouant le symbolique, l’imaginaire et le réel, sans qu’aucune de ces trois dimensions ne prenne plus d’importance que les deux autres. C’est ce trou qu’il maintiendra jusqu’au bout, comme en 1980, quand il écrit : « Elaborer l’inconscient, comme il se fait dans l’analyse, n’est rien qu’y produire ce trou[14] ». 

Mais c’est ce qui peut tomber dans l’oubli. L’inconscient ne s’est-il pas déjà refermé sur le message de Freud, grâce à la pratique des générations d’analystes suivantes, pratique qui sutura la béance de l’inconscient que Lacan dit ne rouvrir qu’avec précaution ? 

Jacques-Alain Miller formulait aussi, il y a peu, que « Les psychanalystes payent leur statut de l’oubli de ce qui les fonde[15] ». « Ils tiennent, poursuivait-il, une fois établis, et, au mieux, une fois qu’ils ont rejoint leur singularité, ils tiennent l’inconscient comme un fait de semblant, ça ne leur paraît pas un critère suffisant pour être analyste que l’élaboration de l’inconscient[16]. » 

Ainsi, le titre retenu « Autour de l’inconscient » pointe-t-il ce trou autour duquel se produisent les formations de l’inconscient, lesquelles devraient varier au fur et à mesure de l’élaboration, de l’élucidation de l’inconscient. Un rêve de début d’analyse ne devrait pas être du même ordre que celui d’une fin d’analyse. Dès lors, il s’agira d’interroger les formations de l’inconscient dans les cures analytiques, leur place ainsi que leur interprétation, ce qui mettra l’accent sur la lecture qu’en font les psychanalystes et partant sur la conception qu’ils se sont forgée de l’inconscient aujourd’hui.    

Lilia Mahjoub
Présidente de la NLS


Vous pouvez télécharger ce texte en version pdf ici


[1] Lacan J., « Place, origine et fin de mon enseignement », Mon enseignement, Paris, Seuil, octobre 2005, p. 15.
[2] Ibid., p. 16.
[3] Ibid.
[4] Ibid., p. 8.
[5] Lacan J., « Propos sur l’hystérie », Quarto n°2, Supplément à la Lettre Mensuelle de l’École de la Cause freudienne à Bruxelles, 1981, p. 6.
[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 27.
[7] Ibid., p. 28.
[8] Ibid.
[9] Lacan J., L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, Séminaire 1976-1977, Ornicar ? n° 12/13, Paris, décembre 1977, p. 5.
[10] Freud S., « Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », Névrose, psychose et perversion, Paris, P. U. F., 1973, p. 264.
[11] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, mars 2005, p. 101.
[12] Cf. ibid., p. 102.
[13] Lacan J., L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, op. cit., p. 15.
[14] Lacan J., Lettre pour la Cause freudienne du 23 octobre 1980, publiée par l’École de la cause freudienne avec l’annuaire, 1982, p. 92.
[15] Miller J.-A., Choses de finesse en psychanalyse, Cours « L’orientation lacanienne » du 19 novembre 2008, sur le site de l’École de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/wp-content/uploads/2014/08/Choses-de-finesse-II.pdf
[16] Ibid.


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Congress of the NLS
29 and 30 April 2017 – Paris
About the Unconscious
Place and Interpretation of the Formations of the Unconscious
in Psychoanalytic Treatments
  
“What I have tried to give body to with the creation of the symbolic
has very precisely this fate, that it does not reach its recipient.
How is it, then, that it expresses itself? This is
the central question of psychoanalysis.”
(Jacques Lacan, 10 May 1977)
  
 
“We’ve always known about the unconscious”[1], said Lacan, “But”, he adds, “in psychoanalysis, the unconscious is an unconscious that thinks hard”[2]. And then – surprise! – Lacan says, “If they are thoughts, it can’t be unconscious”[3]. It is what Jacques-Alain Miller refers to as “Lacan’s Paradoxes”[4], and if Lacan said it with this apparent simplicity, it could also not be more serious for his part. 

In fact, Lacan claimed to be the only one to have given full weight to what Freud aspired towards with this notion of the unconscious. In this way he did not stop questioning the status of the unconscious throughout his teaching, to the point of making it a fundamental concept. For Lacan, the matter was not closed, even if many considered it to be so at the time. 

In order to demonstrate the hypothesis of the unconscious, one must go by way of words, for “the unconscious does not have a body except through words”[5]. And if psychoanalysis operates with words, the practice of psychoanalysis consists of knowing how. 

All words? Of course not, since it is a matter of reducing what is presented as a continuous torrent of words – one that psychoanalysts invite from those to whom they listen. The unconscious is not this mass of words, of signifiers, even if, at the start, Lacan proposes the aphorism that it is structured like a language. 

While Freud himself approached the question of the unconscious only with reference to the play of the signifier, he made room for its specific formations: dreams, parapraxes, jokes, forgetting, even symptoms. What is striking is that these formations appear in the form of a failure, rupture, stumbling, fault, or “discovery” [trouvaille][6] – in short, a discontinuity. And it is there that Freud went in search of the unconscious.

Does this mean that this discontinuity linked to the formations of the unconscious occurs against a background of continuity? No, for Lacan points out that this would be to postulate a sort of one that is anterior to discontinuity. In 1964, when he questioned this concept of the unconscious anew, he insisted that his teaching is to put an end to the “mirage to which is attached the reference to the enveloping psyche, a sort of double of the organism in which this false unit is thought to reside”[7]. 

However, this mirage constantly returns. One only has to listen to what gets put about in the media to realise that this is what is generally believed. One thus hears psychoanalysts – so-called psychoanalysts – expressing themselves here, there and everywhere, who conceive of the unconscious as a closed space, indeed as an organ that must be penetrated by suggestion, giving it sense, or even, if they are so-inclined, as mapped out by cerebral imaging. In this way preference is given to matter, to the imaginary consistency, to what claims to be scientific – in other words, to what is supposedly proven. 

This is far from “the one of the split, of the stroke, of rupture” [8], namely from “the one that is (…) the Un of the Unbewusste[9], a term that designates the Freudian unconscious and that Lacan translates as “une-bévue[10], as one-slip, a translation that makes the ambiguity between unconscious [inconscient] and unconsciousness [inconscience] disappear.

The dream constitutes a slip [une bévue], just like the other formations of the unconscious. Yet, “A dream is not ‘the unconscious’”[11], wrote Freud with regard to the dream material that the young homosexual woman brought to him in order to trick him and continue to defy her father. The desire to trick is what is realised here, not the desire to love men.

Thus, with the une-bévue that forms part of the title of his 1976-77 Seminar, L’insu-que-sait de l’une-bévue, Lacan is introducing something that goes beyond the unconscious. He had already, the year before, distinguished the Freudian unconscious from the one he elaborated with the sinthome, declaring it was “a matter of situating what the sinthome has to do with the real, the real of the unconscious, should the unconscious indeed prove to be real”. And he adds that the unconscious partakes of an equivocation between the real and the imaginary[12]. In other words, to grasp what the unconscious is, we may be obliged to pass via the symbolic but we cannot reduce it to this. And Lacan then underlines that “the use of the cut in relation to the symbolic, risks provoking, at the end of a psychoanalysis, a preference given wholly to the unconscious”[13].

Hence the notion of the hole [trou], already present in the trou-vaille, which he creates with his Borromean Knot – in other words, by knotting the symbolic, imaginary and real, without any one of the three dimensions taking on more importance than the two others. It is this hole that he maintains until the end, as in 1980 when he writes: “To elaborate the unconscious, as one does in analysis, is nothing but to produce a hole there.”[14]

But this can be forgotten. Hasn’t the unconscious already closed itself up against Freud’s message, thanks to the practice of generations of analysts who came after him, a practice that stitches up the opening of the unconscious, which, Lacan says, he never re-opens without great care?[15] 

A short time ago, Jacques-Alain Miller also remarked that, “Psychoanalysts pay for their status by forgetting what creates them”[16]. And he continued, “Once they have established themselves, and at best, once they have grasped their singularity, they take the unconscious to be a matter of semblance, elaborating the unconscious not seeming for them sufficient criteria for being an analyst”[17]. 

So, our chosen title, “About the Unconscious”, indicates this hole around which the formations of the unconscious are produced, formations which must vary with the elaboration, the elucidation of the unconscious. A dream at the start of analysis will not be of the same order as one at its end. It will therefore be a matter of questioning the formations of the unconscious in psychoanalytic treatments, their place as well as their interpretation, and in this way putting the emphasis on the reading that psychoanalysts make of them based on the conception that they have constructed of the unconscious today.

Lilia Mahjoub
President of the NLS

 
Translated by Philip Dravers
 

[1] Lacan, J., My Teaching, trans. D. Macey, London, Verso, 2008, p.7.
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] [TN: “Paradoxes de Lacan” is the name of the short series of French texts that the original version of Mon Enseignement (Paris, Seuil, October 2005) appears within. Jacques-Alain Miller refers to it in his preface to the French edition on p. 8.]
[5] Lacan, J., « Propos sur l’hystérie », Quarto n°2, supplement to the Lettre Mensuelle of the École de la Cause freudienne in Brussells, 1981, p. 6.,
[6] Lacan, J., The Seminar, Book XI, The Four Fundamental Concepts of Psychoanalysis, London/New York, W.W. Norton, 1998, p. 25.
[7] Ibid., p. 26.
[8] Ibid. [TN: It is worth noting that the original French here is: “le un de la feinte, du trait, de rupture”.]
[9] Ibid.
[10] Lacan, J., L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, Séminaire 1976-1977, Ornicar ? n° 12/13, Paris, décembre 1977, p. 5.
[11] Freud, S., “A Case of Homosexuality in a Woman”, SE 18, p.165.
[12] Cf. Lacan, J. The Seminar, Book XXIII, The Sinthome, trans. A. R. Price, Cambridge, Polity, 2016, 84.
[13] Lacan, J., L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, op. cit., p. 15.
[14] Lacan, J., Lettre pour la Cause freudienne du 23 octobre 1980, published by the École de la Cause freudienne with the Directory, 1982, p. 92.
[15] Cf. Lacan, J. “The Seminar, Book XI, The Four Fundamental Concepts of Psychoanalysis”, op. cit. p. 23.
[16] Miller, J.-A., Choses de finesse en psychanalyse, Cours « L’orientation lacanienne » du 19 novembre 2008, on le site de l’École de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/wp-content/uploads/2014/08/Choses-de-finesse-II.pdf
[17] Ibid.